Façade d'immeuble résidentiel français avec compteurs gaz collectifs visibles
Publié le 9 mars 2026

La présidente du conseil syndical d’une copropriété de 42 lots dans le 15ème arrondissement de Paris m’a appelée l’an dernier, complètement dépassée. Facture annuelle de gaz : 38 000 €. Trois devis de fournisseurs sur son bureau. Aucun comparable. L’AG reportée une fois faute de clarté. Son cas n’a rien d’exceptionnel. Depuis la fin des tarifs réglementés en juillet 2023, je vois défiler des copropriétaires déboussolés par un marché devenu opaque. Le chauffage collectif représente aujourd’hui 30 % des charges totales selon l’analyse Copriciel sur les données 2024. Cette part ne cesse de grimper. Voici comment reprendre la main sur votre facture.

Réduire vos charges de gaz en 4 actions clés
  • Anticipez la fin de votre contrat 4 mois avant l’échéance
  • Mettez en concurrence 4 à 6 fournisseurs simultanément
  • Faites voter le changement en AG à la majorité simple (article 24)
  • Privilégiez un contrat de 2-3 ans maximum en période volatile

Pourquoi vos charges de gaz explosent depuis 2022

Je ne vais pas vous mentir : la situation s’est dégradée brutalement. Selon le baromètre Manda 2024, les tarifs du gaz ont bondi de 60 à 70 % entre 2021 et 2024. Aucun autre poste de charge n’a subi une telle envolée.

686€/an

Dépense moyenne par copropriétaire pour le chauffage collectif en 2024

Trois facteurs expliquent cette flambée. Le premier, c’est la fin du bouclier tarifaire. L’État ne subventionne plus vos factures comme pendant la crise énergétique. Le deuxième, c’est la TICGN (taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel). Depuis février 2026, son montant atteint 16,39 €/MWh selon SEFE Energy. Elle a quasiment doublé en deux ans. Le troisième, c’est la disparition des tarifs réglementés de vente (TRV). Selon Service-Public.fr, la loi énergie-climat de 2019 a acté leur disparition au 1er juillet 2023 pour les copropriétés. Résultat : vous êtes désormais en marché libre, sans filet.

Ce qui m’étonne toujours, c’est le nombre de copropriétés qui laissent leur contrat filer en tacite reconduction. Elles paient plein pot sans même s’en rendre compte. Mon avis : si vous n’avez pas renégocié depuis 2023, vous perdez de l’argent chaque mois.

Les 3 leviers pour réduire immédiatement votre facture

Le conseil syndical peut préparer la mise en concurrence avant l’AG



Franchement, je recommande toujours de commencer par la mise en concurrence des fournisseurs avant d’envisager des travaux de rénovation. Le rapport effort/économie est imbattable. Voici les trois leviers que je privilégie dans les copropriétés que j’accompagne.

Quelle stratégie pour votre copropriété ?

  • Votre contrat arrive à échéance dans moins de 6 mois :
    Lancez une mise en concurrence immédiate. Demandez des devis à 4-6 fournisseurs. Utilisez un comparateur prix gaz copropriété pour structurer votre démarche.
  • Votre contrat a été signé récemment (moins de 2 ans) :
    Concentrez-vous sur l’optimisation de la régulation de votre chaufferie. Ajustez la courbe de chauffe avec votre exploitant.
  • Votre facture dépasse 50 000 € par an :
    Faites appel à un courtier en énergie spécialisé copropriétés. Les économies générées justifient largement son intervention.
  • Petit immeuble de moins de 15 lots :
    Un comparateur en ligne suffit. Demandez ensuite des devis directs aux fournisseurs présélectionnés.

Le premier levier, c’est la mise en concurrence systématique. Dans les dossiers que j’ai traités en Île-de-France et Rhône-Alpes, les copropriétés qui comparent au moins 4 offres obtiennent des tarifs 10 à 18 % inférieurs à celles qui se contentent de renouveler. Pour la copropriété parisienne que j’évoquais en introduction, nous avons dégagé 6 200 d’économies annuelles simplement en structurant la mise en concurrence.

Le deuxième levier, c’est l’optimisation du contrat existant. Vérifiez la puissance souscrite, les options de modulation, les clauses de révision. Je constate souvent des puissances surdimensionnées datant de l’époque où l’immeuble comptait plus de chauffage électrique d’appoint.

Le troisième levier, c’est l’ajustement de la régulation. L’optimisation de la courbe de chauffe par votre exploitant peut générer 5 à 10 % d’économies sans aucun investissement. Soyons clairs : beaucoup de chaufferies fonctionnent avec des réglages d’il y a quinze ans.

Attention au piège classique : Dans les copropriétés que j’accompagne, je constate régulièrement cette erreur : comparer une offre à prix fixe et une offre à prix indexé uniquement sur le tarif du jour. Sur les dossiers que j’ai suivis, cela a généré des surcoûts de 15 à 25 % sur la durée du contrat lorsque les prix ont remonté. Ce constat est limité à mon périmètre et peut varier selon le timing de signature.

Changer de fournisseur de gaz en copropriété : le calendrier à suivre

La procédure semble complexe sur le papier. En pratique, elle suit un calendrier assez mécanique si vous anticipez correctement. Voici ce que j’observe sur les dossiers que je traite.


  • Anticipation : collecte des factures N-1 et analyse du contrat actuel

  • Envoi simultané des demandes de devis à 4-6 fournisseurs

  • Analyse comparative et préparation de la résolution pour l’AG

  • Vote en assemblée générale (majorité article 24)

  • Signature du nouveau contrat et résiliation de l’ancien

  • Basculement effectif (aucune coupure de gaz)

Anticiper 4 mois avant la fin de votre contrat

Quatre mois, c’est le délai minimum que je recommande. Moins, et vous risquez de rater votre fenêtre d’AG. Commencez par rassembler les factures de l’année écoulée et votre CAR (Consommation Annuelle de Référence). Ce chiffre en MWh figure sur vos relevés. Il sera demandé par tous les fournisseurs pour établir un devis.

L’état de la chaufferie influence la consommation réelle de l’immeuble



Profitez de cette phase pour demander un diagnostic à votre exploitant de chaufferie. Ça ne coûte rien et ça vous donne des arguments pour l’AG. Pensez également à l’optimisation de votre consommation énergétique globale, pas uniquement le gaz.

Comparer les offres sans se faire avoir

Les offres de gaz professionnel sont rarement comparables au premier coup d’œil. Les durées varient (1 à 5 ans), les indexations diffèrent (fixe, indexé, mixte), les frais annexes s’ajoutent. Créez un tableau avec des colonnes identiques : prix HT au MWh, durée d’engagement, type d’indexation, pénalités de résiliation.

Attention : les offres ont une validité très courte, parfois quelques jours seulement. La volatilité du marché de gros impose aux fournisseurs de limiter leurs engagements. Demandez tous vos devis la même semaine pour pouvoir les comparer.

Faire voter le changement en AG

D’après l’ARC (Association des Responsables de Copropriétés), le changement de fournisseur relève de la majorité de l’article 24. C’est la majorité des voix des copropriétaires présents et représentés, sans compter les abstentionnistes. Bonne nouvelle : c’est la majorité la plus facile à atteindre.

Préparer votre AG : les points de contrôle



  • Inscrire la résolution à l’ordre du jour 21 jours avant l’AG


  • Joindre le tableau comparatif des offres reçues


  • Préparer une résolution avec délégation au conseil syndical (article 25)


  • Prévoir une marge de négociation si les offres évoluent avant signature

Mon conseil : demandez une délégation de pouvoir au conseil syndical pour finaliser le choix. Cette délégation se vote à la majorité absolue de l’article 25. Elle vous permet de signer le meilleur tarif disponible le jour J, sans reconvoquer une AG.

Prix fixe ou prix indexé : quel contrat choisir en 2026

C’est la question qui revient systématiquement. Je vais être directe : il n’y a pas de réponse universelle. Tout dépend de votre tolérance au risque et de votre horizon de temps.

Prix fixe vs prix indexé : le match selon votre profil
Critère Prix fixe Prix indexé

Prévisibilité budgétaire

Totale – Budget figé sur la durée Nulle – Fluctue avec le marché

Risque de surcoût

Aucun – Prime de risque intégrée Élevé si les prix remontent

Opportunité de gain

Aucune – Prix verrouillé Possible si les prix baissent

Profil recommandé

Copropriétés prudentes, trésorerie tendue Copropriétés avec réserves, profil opportuniste

Durée conseillée en 2026

2-3 ans maximum 1 an renouvelable

Mon avis, qui n’engage que moi : en 2026, privilégiez un contrat à prix fixe de 2 ans si votre copropriété ne supporte pas l’incertitude budgétaire. Les tensions géopolitiques rendent les marchés imprévisibles. Payer une légère prime pour dormir tranquille me semble raisonnable.

En revanche, si votre copropriété dispose d’un fonds de travaux confortable et que les copropriétaires acceptent une certaine volatilité, un contrat indexé sur 12 mois peut s’avérer intéressant. Vous restez agile.

Vos questions sur les charges de gaz en copropriété

Peut-on changer de fournisseur sans l’accord de tous les copropriétaires ?

Oui. Le changement de fournisseur se vote à la majorité simple de l’article 24, c’est-à-dire la majorité des voix des copropriétaires présents ou représentés. L’unanimité n’est pas requise. Si certains copropriétaires s’abstiennent, leurs voix ne comptent pas dans le calcul.

Y a-t-il une coupure de gaz lors du changement de fournisseur ?

Non, jamais. Le réseau de distribution reste le même (GRDF dans la plupart des cas). Seul le fournisseur de la molécule change. Le basculement est transparent pour les occupants. Aucune intervention technique n’est nécessaire dans votre chaufferie.

Quel est le délai pour changer de fournisseur en copropriété ?

Comptez 3 à 4 mois entre le lancement de la mise en concurrence et le basculement effectif. Ce délai inclut la collecte des devis (3-4 semaines), la préparation de l’AG (3 semaines minimum réglementaires), le vote, puis les formalités de résiliation et souscription.

Faut-il privilégier un contrat court ou long en 2026 ?

En contexte volatile, je déconseille les engagements de plus de 3 ans. Un contrat de 2 ans à prix fixe offre un bon équilibre entre visibilité budgétaire et flexibilité. Les contrats de 4-5 ans vous exposent à un risque de regret si les prix baissent significativement.

Un courtier en énergie est-il vraiment gratuit pour la copropriété ?

Dans la majorité des cas, oui. Les courtiers sont rémunérés par les fournisseurs sous forme de commission. La copropriété ne paie rien directement. Vérifiez toutefois les conditions générales : certains courtiers facturent des frais si vous ne donnez pas suite à leur recommandation.

Si votre copropriété envisage une transition plus globale vers d’autres sources d’énergie, explorez également les pistes de réduction de votre facture de chauffage via des équipements électriques performants.

Précisions sur les tarifs et conditions 2026

  • Les tarifs du gaz fluctuent quotidiennement sur les marchés de gros
  • Les économies mentionnées sont des moyennes constatées, variables selon localisation et profil de consommation
  • Tout changement de fournisseur nécessite un vote en assemblée générale (majorité article 24)

Risques à considérer :

  • Risque de surcoût si contrat à prix indexé signé en période de prix bas avant hausse
  • Risque de pénalités en cas de résiliation anticipée avant fin d’engagement

Pour une analyse personnalisée, consultez votre syndic de copropriété ou un courtier en énergie spécialisé copropriétés.

La prochaine étape pour vous

Ce qu’il faut retenir



  • La mise en concurrence des fournisseurs reste le levier le plus rapide et le moins coûteux


  • Anticipez 4 mois avant l’échéance de votre contrat pour ne pas rater la fenêtre d’AG


  • En 2026, un contrat à prix fixe de 2-3 ans protège mieux qu’un contrat indexé en période volatile

Plutôt que de vous lancer seul, commencez par vérifier la date d’échéance de votre contrat actuel. Si elle tombe dans les 6 prochains mois, inscrivez dès maintenant une résolution à l’ordre du jour de votre prochaine AG. C’est souvent ce premier pas administratif qui bloque les copropriétés.

Rédigé par Sophie Lefèvre, consultante en efficacité énergétique spécialisée copropriétés depuis 2018. Basée à Lyon, elle a accompagné plus de 60 copropriétés dans l'optimisation de leurs contrats d'énergie et la réduction de leurs charges. Son expertise porte sur la négociation de contrats gaz et électricité pour le secteur résidentiel collectif, avec un focus sur les copropriétés de 20 à 100 lots. Elle intervient régulièrement auprès de conseils syndicaux et syndics professionnels.